Art et mémoire au Maghreb

Monsieur Kamel Lazaar a ouvert la séance par la présentation de la Fondation qui vise à la construction d'un musée pour abriter une collection d'Art Contemporain arabe et il a rappelé que l'objectif de la Fondation est principalement le soutien aux artistes maghrébins et arabes et à la promotion de la culture dans cette région.

 

Madame Rachida TRIKI, coordinatrice de la rencontre a précisé que cette rencontre «Art et mémoire» s'insère dans la logique de la politique culturelle de la Fondation; Elle a rappelé également l'existence d'une entité culturelle maghrébine notamment par la proximité artistique entre les 3 pays (Tunisie, Algérie, Maroc). Elle a insisté sur le fait que cette première rencontre était l'occasion de réfléchir à l'état d'une documentation pouvant donner lieu à une étude de l'histoire de l'art du Maghreb au XXème siècle.

 

Il faut donc penser l'histoire des arts plastiques aux Maghreb  en impliquant le rôle des associations, des galeries, des fondations et des musées pour permettre  la conservation et la promotion du patrimoine plastique.

 

Penser l'histoire des arts plastiques au Maghreb

 

Madame Anissa BOUAYED, commissaire d'exposition et historienne du mouvement national en Algérie a souligné la nécessité de penser l'histoire des arts plastiques au Maghreb pour pouvoir donner un sens à tous les œuvres que nous voulons conserver.

 

Elle a rappelé qu'il y a eu une réflexion à l'échelle algérienne puisqu'une association «art et mémoire» a été fondée mais que malheureusement l'idéologie et la politique prévalaient; La plupart des études se démarquent par rapport aux orientalistes, ils s'autoproclament de la rupture (Guermez); Jean ATLAN né à Constantine en 1913 incarne le problème de la culture nationale car il est absent.

 

Qui est Jean ATLAN? _Projection: montrant qu'il est peintre abstrait, philosophe de formation, interdit par les lois juives, il va être interné pour  folie et il va peindre ,ses œuvres ont été exposées aux USA et au Japon et a été rapidement célèbre. Atlan s'identifiait toujours par rapport à ses origines judéo-berbères. Il a donc fait un travail de mémoire culturelle et a été critiqué pour ses origines Ces œuvres importantes étaient sans titres, Oraise, Akahena,Maghreb1, Maghreb2 en 1950.

 

Comment était la réception en Algérie?

 

On parle très peu d'Atlan. Atlan est très célèbre dans l'internationale mais a une place instable au Maghreb. Son nom ne figure pas et ses œuvres ne sont pas dans les musées; Il y a donc 2 missions à l'échelle maghrébine:

 

1) Ne pas laisser ses œuvres dans l'oubli

2) Baser le travail sur l'apport esthétique et non politique et idéologique

 

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Nadira Laggoune, Dora Bouzid, Rachida Triki, Farid Zahi and Hamid Mahjoub (L to R), Maghreb Seminar, 8th and 9th October 2011 Art and Memory: The Case for Plastic Arts in the Maghreb Kamel Lazar Foundation, Dar El Medina, Tunis.
Nadira Laggoune, Dora Bouzid, Rachida Triki, Farid Zahi and Hamid Mahjoub (L to R), Maghreb Seminar, 8th and 9th October 2011 Art and Memory: The Case for Plastic Arts in the Maghreb Kamel Lazar Foundation, Dar El Medina, Tunis.

Madame Nadira LAGOUNE,commissaire d'exposition et critique d'art algérienne a parlé de la nécessité de lancer un débat autour de l'écriture de l'art au Maghreb à partir de ce qu'elle a appelé: La déconstruction et la réappropriation.

 

Il faut en  ce sens évoquer l'art maghrébin  et poser un débat sur ce qui est art et ce qui ne l'est pas. Poser des questions: De quelle histoire de l'art il va s'agir pour nous 1) – Pourquoi l'histoire de l'art a commencé chez nous avec la colonisation ? Pourquoi la colonisation comme repère?  elle avance l'dée que peut être pour écrire l'histoire de l'art, on doit se repositionner par rapport à l'Histoire avec un grand H Elle ajoute aussi  qu'il y a une mémoire collective qui a nourrit l'histoire de l'art.

Elle souligne que dans les écoles d'Art, on enseigne l'histoire de l'art qui est l'histoire de l'Art européen, ce qui veut dire qu'il y a un eurocentrisme qui règne et dans lequel l'art local est absent. Cette dualité entre l'enseignement et la mémoire vive fait qu'on enseigne une histoire morte ;Il doit donc y avoir une déconstruction dans la manière d'enseigner. Le cheminement de l'histoire en Europe n'est pas l'histoire de nos pays, c'est pour cela dit-elle qu'il faut se mettre à écrire l'histoire de l'Art maghrébin.

 

4)- Elle évoque la question des sources de cette histoire(les quotidiens, les biographies…).Tout cela est insuffisant pour écrire l'histoire de l'art .Il faut inventer des modalités et elle finit par insister sur la dépossession et la réappropriation qu'elle considère comme mots clés pour écrire l'histoire de l'art au Maghreb.

 

Monsieur Ferid ZAHI, critique d'art marocain et spécialiste de l'image pense que le problème de l'histoire de l'art au Maghreb est necessite, la mémoire comme trace du présent il fait alors référence à (Khatibi et Derrida). Il définit la mémoire comme ensemble d'images mentales ou visuelles qui forgent une véritable quête identitaire.

 

Le présent de l'acte créateur par exemple dans l'œuvre de Ferid Belkahia  est  un passage où le corps de l'artiste capte la mémoire .Pourquoi ce passage du symbolique au corps ?c'est parce que la corporéité des signes se transforme en mémoire. Le corps dans l'art contemporain est un travail.

Le travail de Hichem Ben Ouhoud  porte directement sur son propre corps.

 

Le corps en islam est sacré : il y a une dépolitisation de la mémoire: les frontières entre le politique, l'éthique et l'esthétique est un débat actuel pour l'histoire de l'art.

 

Youssef RAHMOUN  parle d'une mémoire vouée à la disparition .il s'agit des  fissures de la mémoire.

 

L'ambiguïté réside aussi dans le fait qu'il y a la mémoire de l'artiste mais aussi d'autres mémoires : politique, historique, éthique…qui viennent se greffer sur l'histoire de l'art.

 

Monsieur Houcine TLILI, historien de l'art tunisien, a posé le problème autrement; selon lui, l'art pictural a commencé en Tunisie en  1850 avec Ahmed OSMAN et à partir de 1894, c'est l'avènement de l'orientalisme et les pionniers ont essayé de réaliser une certaine rupture par rapport à l'orientalisme... les peintres tunisiens Yahia et Ali Ben Salem ont commencé à critiquer l'orientalisme (dans ses représentation folkloriques de la médina).

 

Dans les expositions de 1920-1930 : l'Algérien Racim montré des drapeaux algériens pour se différencier par rapport à l'orientalisme. Au Maroc ? On a  éliminé la représentation figurée, la. Quant aux peintres tunisiens ils ont développé une autre perspective (c'est l'école de Tunis avec les peintres Zoubeir Turki, Jalel Ben Abdallah, Gorgi…),ils ont réalisé une rupture très importante…

 

Il souligne également une autre rupture avec le groupe en 1960 (avec les peintres Belkhoja, Larnaout, …) qui ont développé une position nouvelle par rapport à la figuration ...En Algérie la chose s'est faite de la même manière: le groupe Awchem a développé l'art pictural dans une tentative de retrouver sa mémoire.

 

Cette rupture était donc commune aux 3 pays du Maghreb (Algérie, Tunisie et Maroc) dans les années  1960 (une unité culturelle et artistique s'est développée à cette époque); Houcine TLILI invite à voir la revue « Intégrale » de 1973 sur la mémoire où il y a des articles  écrits sur cette rupture.

 

Monsieur Hamdi OUMAIMA ,sociologue tunisien qui a travaillé également sur l'école de artistique pense que l'histoire de l'art en Tunisie est fragmentaire, lacunaire et très incertaine d'autant plus qu'elle est linéaire car au final il n'y a que quelques éléments et quelques acteurs. Cette manière d'écrire l'histoire ne laisse pas apparaitre sa complexité simple et simpliste.

 

Par conséquent Hamdi OUMAIMA invite à être créatif et à rechercher des documents et il ajoute qu'il est nécessaire de créer une équipe avec un fond pour nous donner une chronologie juste et correcte.

 

Madame Dorra BOUZID,journaliste culturelle et critique d'art tunisienne qui a écrit un livre  sur l'école de Tunis souligne qu'il y avait une fraternité et une solidarité entre les artistes de cette école ;ils  étaient unis au café de Paris dans le centre de Tunis (Yahia, le père de la peinture tunisienne, Ammar Farhat et Zoubeir TURKI …) ;Ils ont cherché dans le fond de nos origines et ont aussi puisé dans l'héritage de l'école de Bagdad notamment l'école de musique d'Asfahan ;ils ont été des précurseurs ouverts (Ali BELLAGHA était de Turquie, Hedi TURKI de Tchétchénie, Brahim DAHAK de l'oasis et de l'Afrique ,Jalel BEN ABDALLAH et Safia FARHAT également …)

 

Mme Dorra BOUZID souligne également qu'à cette époque les juifs tunisiens tels que LELOUCHE, NACCACHE étaient très unis avec les musulmans et elle conclut qu'il y avait à cette époque plusieurs  galeries d'origines italienne, africaine… et qu'il faudrait justement ramener les artistes du Maghreb à leur juste valeur sans les commémorer d'une manière officielle afin de raviver la mémoire interne.


8-9 October 2011
Dar El Medina, Tunis